Lever et coucher de soleil

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Kitsch ?

Le coucher de soleil passe pour être la caricature d’une photo facile. Il est vrai qu’il est beau par lui-même, que ses couleurs flamboyantes sont flatteuses, que la magnificence de l’image peut vite paraître usurpée. On dit de la même manière qu’il est plus facile de réussir un portrait lorsque le modèle est séduisant. Faut-il pour autant s’en priver ? Le scénario des palmiers au couchant sur une plage paradisiaque a été dix mille fois joué et rejoué. Le vôtre aura pourtant ce petit plus qui fera la différence : vous y étiez ! Le coucher de soleil n’est pas en lui-même un sujet. Le photographier en tant que lumière ou ambiance revient à faire une photo vide. La beauté de l’instant ne doit pas faire oublier la nécessité d’inclure un sujet qui donnera vie à l’image. Encore une fois, bravez la critique et les sarcasmes : osez le cocotier !

 

Osez le cocotier ! f/11 à 1/640 s (–0,7 IL) – mode Priorité à l’ouverture
Osez le cocotier ! f/11 à 1/640 s (–0,7 IL) – mode Priorité à l’ouverture

► Le saviez-vous ?

Robert Doisneau confiait dans son entretien avec Sylvain Roumette : le sensationnel, c’est souvent un aveu d’impuissance à voir Si on ne s’émeut que devant un palmier, c’est con, parce qu’il y a des jours où les platanes sont formidables…

 

Composition ?

La photo d’un coucher de soleil peut souvent être schématisée par l’étagement de quelques plans. Le plus lointain est baigné de la lumière incandescente du disque posé sur l’horizon. Une surface réfléchissante (lac, immeuble vitré…) permet alors de dédoubler l’effet. Le plan le plus proche, s’il existe, sera à contre-jour et donc très sombre. Il devra être suffisamment découpé pour créer une silhouette qui se détachera sur le fond plus clair. Il faut éviter de plomber l’image par une surface noire trop importante et trop massive.

Les plans doivent s’organiser entre eux pour composer une photo agréable à regarder. Si le soleil fait partie de la prise (ce n’est pas une obligation), évitez dans la majorité des cas de le placer au centre du décor. Il y bloquera le regard du lecteur qui devra dépenser beaucoup d’énergie pour voyager dans le paysage.

 

En route vers Ouarzazate – f/5 à 1/250 s – mode Priorité à l’ouverture.
En route vers Ouarzazate – f/5 à 1/250 s – mode Priorité à l’ouverture.

► Conseils

Le coucher de soleil produisant le plus souvent une image très graphique, l’application des règles fondamentales de composition s’impose naturellement. Vous pouvez comme toujours les contourner. Évitez quand même de poser la ligne de force de l’horizon (si elle est présente) sur la médiane horizontale. Vous devez choisir ce qui, du ciel ou de la terre, occupera la plus grande surface de la prise de vue – un choix généralement facilité par la richesse des dégradés des couleurs célestes.

Il n’est pas toujours possible de repérer à l’avance un emplacement. Dans ce cas, visitez-le au moins virtuellement à l’aide de Google Map ou de tout autre site permettant de vérifier l’orientation du paysage que vous voulez photographier. Embarquer sur votre smartphone une application de type LightTrac vous permettra d’être opérationnel en tout lieu de la planète.

 

Solitaire – f/9 à 1/400 s – mode Priorité à l’ouverture
Solitaire – f/9 à 1/400 s – mode Priorité à l’ouverture

 

Les réglages

Par définition, la lumière change sans arrêt, donc les réglages également. Vous devrez faire preuve d’une grande agilité, vérifier fréquemment le résultat à l’arrière de votre boîtier. À moins d’être un accroc du mode manuel, évitez de vous compliquer la vie. Faites confiance aux automatismes. Lorsque votre appareil possède des modes scènes, vérifiez si l’un d’entre eux n’est pas spécifiquement dédié à ces instants. A priori étudiés pour optimiser les prises de vue à l’aube ou au crépuscule, ils ne devraient pas vous décevoir. Si ce n’est pas le cas, il sera toujours temps de passer en mode semi-automatique.
Le coucher de soleil s’apparentant souvent à de la photo de paysage, le mode Priorité à l’ouverture est le plus indiqué. Il permet de contrôler la profondeur de champ et d’utiliser l’objectif dans sa zone de fonctionnement optimale. La lumière de face augmente les risques de diffraction : ne fermez pas trop le diaphragme. Une valeur entre f/5,6 et f/11 est plus que raisonnable. Sur la photo de la Dombes, le choix d’un diaphragme très fermé pour gagner de la profondeur de champ fait in fine perdre de la netteté sur les joncs sur lesquels la mise au point a été faite. Ce défaut est surtout visible lorsqu’on agrandit l’image.
Il reste à fixer la vitesse de déclenchement. Si le mode semi-automatique de votre appareil s’en charge volontiers, n’oubliez pas qu’il le fait en fonction du mode de mesure de la lumière que vous aurez choisi.
La dynamique de la scène est par définition très large. La taille de la zone des hautes lumières est cependant relativement réduite et irrécupérable. Tentez une première prise de vue en utilisant la mesure matricielle qui prend en compte la diversité des tonalités de toutes les zones de l’image. Observez l’histogramme afin de savoir s’il est nécessaire d’introduire un décalage. Lorsque l’image contient beaucoup d’ombres, il n’est pas rare de devoir apporter une correction négative de l’ordre de 1 IL.
Vous pouvez également utiliser la mesure spot en positionnant le collimateur sur une zone orangée du ciel. Elle est réputée avoir la luminosité du gris moyen. Au coucher du soleil, la lumière baisse rapidement. Surveillez la vitesse de déclenchement. Si elle passe en dessous de la vitesse de sécurité, vous devrez soit augmenter la sensibilité, soit utiliser un trépied. Cet accessoire peut également vous être utile pour tenter quelques poses longues, en particulier si la scène comporte une pièce d’eau dont la surface sera lissée par l’exposition prolongée. Le rougeoiement du ciel s’éteindra en quelques dizaines de minutes. L’heure sera alors à la photo de nuit.

 

Soleil brumeux – f/4 à 1/6 400 s (–1 IL) – mode Priorité à l’ouverture
Soleil brumeux – f/4 à 1/6 400 s (–1 IL) – mode Priorité à l’ouverture

 

► Aller plus loin : les filtres

Les couleurs d’un coucher de soleil sont du pur jus d’orange naturelle. L’artifice d’un filtre chaud, dégradé ou non, ne fera que donner à votre image un rendu artificiel car trop homogène. À éviter. Il est quand même possible de tricher un peu avec les couleurs. Elles seront plus saturées si vous sous-exposez la photo, tendront au contraire vers des teintes pastel si vous la surexposez sans excès. Et puisque vous avez décidé de tricher, n’hésitez pas à mentir… sur la température de couleur. Le ciel est rouge ? Faites croire à l’appareil photo qu’il est bleu en réglant la balance des blancs sur le mode Soleil. Que va-t-il se passer ? L’automatisme ne va pas se laisser berner. Il va rajouter du rouge pour compenser la dérive que vous avez introduite vers le bleu. Votre coucher de soleil n’en sera que plus flamboyant. Vous pouvez doser plus finement l’artifice en réglant la balance des blancs manuellement : 5 000 K ? 5 500 K ? À vous de voir ! Si vous utilisez le format Raw, vous pourrez plus facilement ajuster ce paramètre.

 

La Dombes – f/20 à 1/250 s (–1,3 IL) – mode Priorité à l’ouverture
La Dombes – f/20 à 1/250 s (–1,3 IL) – mode Priorité à l’ouverture.

 

Extrait de

tous-photographes-sur-terrain-croizer

Tous photographes : sur le terrain ! Apprenez à tout photographier
Jacques Croizer
Collection: Hors collection, Dunod
2016 – 280 pages

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